Prendre son temps…l’heure est grave !

 

À l’ère où Google prépare le lancement de Google Duplex, un assistant numérique qui pourra prendre à votre place les rendez-vous de vives voix chez votre médecin, coiffeur, restaurant, parler de « moramora » fameuse expression malgache pour dire ralentir, fait presque image de provocation dans nos jungles urbaines.

Google assistant serait un outil numérique pour nous faire gagner du temps d’après les explications sur leur blog ! La numérisation des services c’est pas nouveau, la dernière fois où j’ai voulu réserver un restaurant à Paris, il fallait le faire sur un site et non par téléphone, pareil chez le coiffeur ! Beaucoup de médecins, salon de coiffures et autres n’ont plus de secrétariat depuis longtemps, tout se passe directement en ligne. Maintenant une voix artificielle va s’en charger!

Ce qui est sûr c’est que la technologie ne connaît ni le ralenti ni la crise, au contraire les avancées sont fulgurantes.

Pour autant n’avez vous pas remarqué que la notion du temps n’est pas pareille si vous êtes à Antananarivo, Hong Kong, New York, Sicile ou Mumbai et cela au delà du décalage horaire.

J’ai l’impression que le temps est plus souple à Madagascar ou en Sicile qu’à New York ou à Paris. Je ne parle pas de périodes de vacances, même en plein travail les ressentis sont différents d’un endroit à un autre.

kobancha ralentir new york

Times Square – NY
© seheno a.

Le côté positif du moramora

 

Bien que le terme « moramora » me donne un sentiment partagé, ben oui, un peu cliché pour les malgaches, j’ai choisi de le prendre du côté positif. Et cela dans le sens de prendre son temps, de lever le pied.

Est-ce que le mythe du flegmatisme insulaire est toujours d’actualité, en dehors des brochures d’agence de voyage?

Je ne saurais dire, peut-être une perception de ceux qui sont de passage et qui sont en mode vacances. Je ne peux pas dire que ma famille qui vit à Madagascar est en mode “lenteur” bien qu’elle soit loin de l’agitation des grandes villes occidentales.

Souvent pour les malgaches si ralenti il y a c’est souvent par la force des choses plutôt que par choix.

La proximité avec la nature et ses aléas fait qu’il y a un rythme organique qui s’impose à nous qu’on le veuille ou non.

Ça crée un certain sentiment de flegme, de tranquillité qui est ancré chez les malgaches. La survie au quotidien n’arrange pourtant pas la tâche, les soucis font que les gens ne sont pas occupés mais préoccupés. Néanmoins cette qualité persiste, alors on (re) trouve le temps, cette valeur immatérielle et on passe un moment vrai avec les autres sans peur du temps qui s’écoule.

Washington – outdoor
© seheno a.

Sommes-nous carencés en temps ?

 

« J’ai des milliards de choses à faire » « Vite fait parce que là j’ai pas beaucoup de temps » « Non samedi ce ne sera pas possible je dois emmener la petite à la danse, le grand au basket… » « Il y a de la place dans trois mois…je vous inscris ? » « J’ai du boulot à finir ce week-end, on remets çà? »

Pourquoi cette sensation de « carence en temps » ?

Nous avons toutes les raisons valables pour ne pas avoir du temps. Nous sommes embarqués dans ce rythme effréné qui nous fait oublier que nous avons aussi notre propre horloge interne à respecter, à écouter. Nous nous identifions facilement avec cette image d’homme/femme pressé.e qui court après le temps comme le lapin d’Alice et puis on nous a bien dit que le temps c’est de l’argent.

Parce qu’il faut quand même avouer que nous ne savons pas nous arrêter, nous poussons, poussons jusqu’à ce que notre corps nous fasse stop ! Peut-être y avait-il déjà des petits signes que nous avions mis de côté, peut-être que notre corps-esprit nous a envoyé des messages que nous avons occultés…Encore faut-il les entendre dans tout ce vacarme en et autour de nous.

Tiens, je m’imagine aller chez un thérapeute qui me dirait « vous êtes carencée en temps », voici votre ordonnance ! Et là suspens, qu’y aurait-il dans cette ordonnance?

Notre temps c’est notre richesse, nous avons besoin de reconsidérer nos priorités pour retrouver un certain équilibre et utiliser ce temps à bon escient.

route ambohimanga kobancha détente

Sur la route d’Ambohimanga
© seheno a.

L’art de prendre le temps de vivre

 

(Moramora / Ralentir / Slow life)

 

Dans notre société actuelle il y a cette tendance à vouloir tout, tout de suite, disponible 24h/7.

Lors de mon séjour en Inde en février dernier, je précise que ce n’était pas mon premier, j’ai été assez bluffée par le rythme de vie à Mumbai. C’est électrique, çà grouille de tous les côtés, vous pouvez être coincé des heures dans une voiture à cause des embouteillages et gagner du temps en prenant un rickshaw qui vous emmène par des raccourcis que vous ne pouvez même pas imaginer… Un soir où je cherchais un restaurant tard, j’avais demandé à la personne qui s’occupait de la maison où j’habitais si il avait un plan de restos ouverts dans le coin à cette heure là (23h). « Pourquoi vous embêter » m’avait-il répondu, « chez tel ou tel vous pouvez commander 24h sur 24, même à 3h du matin quelqu’un viendra vous livrer ! ».

Et ce n’est pas un cas isolé dans une mégapole comme Mumbai.

Pratique n’est-ce pas, pour les gens occupés, pressés, qui ne veulent pas perdre leur temps. Et non, je n’ai pas commandé ce soir là puisqu’il y avait encore plein de restaurants ouverts. Par curiosité je suis allée voir un de ces fameux take-away qui sert à toute heure. De l’extérieur cela ne ressemblait pas à un restaurant mais en s’y approchant un peu je voyais au moins six personnes qui s’affairaient dans une sorte de grande cuisine, préparant sans doute des plats pour des noctambules, des fêtards ou des « workaholic » et autres speci-men & women pour qui s’asseoir pour manger peut être une perte de temps.

Nous sommes dans l’ère de la vitesse. La pression est forte pour nous pousser à répondre à toutes les sollicitations où que l’on soit. Et sollicités nous le sommes !

 

Une autre anecdote que j’ai vécu récemment à Paris dans un magasin bio au rayon boulangerie.

Je me retrouve derrière une femme qui venait récupérer sa commande de pain. Apparemment il y avait eu un malentendu, le magasin n’avait pas enregistré sa demande à cause du jour férié. La vendeuse s’excuse, lui dit qu’elle ne pourra renvoyé une commande qu’après le week-end seulement et lui propose d’autres pains si elle ne peut pas attendre le lundi. La dame râle, sans lever la voix, disant que c’est dommage, comment se fait-il, il lui fallait ce pain etc. La vendeuse qui commence à s’impatienter continue quand même à lui dire qu’il y avait d’autres choix, certes pas la même marque mais tout aussi bon. L’échange continue et la vendeuse, légèrement agacée, finit même par dire ” madame, ce n’est peut-être pas la fin du monde! “. À quoi la dame rétorque « pour moi si!! ». À la place du pain elle prend du fromage et s’en va. La chute de cette scène m’est restée dans la tête toute la journée.

Certes notre environnement et les choix proposés façonnent notre rapport avec le temps et engendre ce besoin d’immédiatetéD’où cette impression que le monde s’écroule si nous n’obtenons pas ce que nous voulons rapidement.

Nous ne nous rendons plus compte de nos réactions tant la société nous a habitué à avoir tout à portée de main à tout moment. Mais le prix à payer pour l’homme et l’environnement est considérable (burn-out, nourritures industrielles, déshumanisation des services et des rapports, isolement etc)

Qu’avons-nous à perdre en prenant notre temps? Au contraire nous avons tout a gagné, en commençant par un bien-être qui n’a pas de prix, une efficacité et une productivité accrues car moins de stress.

L’énergie peut se régénérer, se renouveler, l’argent perdu être retrouvé mais le temps que vous perdez à vivre un rythme qui n’est pas le vôtre n’est pas renouvelable.

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Goa – café
© seheno a.

Il n’y a pas de meilleur moment

 

Vive les minis-moments!

 

En général nous nous autorisons à ralentir en période de vacances. Pour certains ce n’est jamais assez, pour d’autres le retour est encore plus fatiguant que l’aller, il y a ceux qui sont justes contents de visiter pleins de lieux touristiques sans être vraiment présent aux endroits et aux personnes autour d’eux ou ceux qui continuent à travailler même s’ils sont censés être en break. Vacances peut-être mais la satisfaction n’est pas toujours au rendez-vous !

Existe t-il un temps déterminé pour ralentir le rythme ? Peut-être que le souci c’est justement de reléguer ce moment à un plus tard assez vague, pensant qu’on aura plus de temps, au lieu de se donner des minis-moments à soi dans la journée, la semaine, le week-end, le syndrôme de la procrastination du bien-être.

Lever le pied n’est pas pour autant tout arrêter et attendre que quelque chose arrive de l’extérieur mais plutôt trouver la bonne cadence comme dans une belle pièce de musique ou de théâtre.

Comment être dans l’instant et avoir cette sensation d’étirement du temps ? Il s’est passé du temps mais vous ne l’avez pas senti. Et pas besoin de substances artificielles pour provoquer cela.

Pour les carencés en temps que nous sommes se créer notre bulle d’oxygène est nécessaire voire vital. C’est cette bulle qui recharge nos batteries et nous redonne l’énergie de continuer et d’accomplir ce que nous avons à faire sans être asphyxié par le rythme que nous dicte la société.

Prenez votre temps, en plus c’est rentable! Le fait d’être plus présent à vous-même vous rendra plus connecté aux autres et à la nature. Cela enrichira votre créativité et votre intuition. Vous serez encore plus inspiré et frais quand vous retournerez à votre travail ou votre activité. Essayez, vous verrez!

 

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Varanasi – Ganges
© seheno a.

3 très simples astuces pour ralentir le rythme

 

Mon expérience est liée à mon activité qui est la musique. Il y a des périodes d’intenses activités (tournée, compositions, enregistrements, répétitions…) et des périodes creuses. Et entre il faut “gérer”.

Ici je vais citer trois choses que je peux faire n’importe où quand j’ai besoin d’un break mais la liste est non-exhaustive. Ces instants pour soi, ces mini-moment ne nécessitent aucune organisation logistique et ne coûtent rien.

  1.  Se déconnecter des réseaux sociaux et internet, la télé aussi mais je n’en ai pas…Internet peut devenir vite chronophage donc à éviter dans les moments où on a besoin de ralentir.
  2.  Marcher dans la nature ou dans un grand parc si c’est en ville. Tout le monde ne vit pas à côté d’une forêt, de la mer ou de la montagne et un joli parc suffit pour une petite marche de 15mn, une demi-heure ou plus si le cœur vous en dis. Une marche silencieuse sans écouteurs dans les oreilles cela va sans dire. Si vous êtes de passage à Madagascar, vous avez de belles promenades à découvrir à Antsirabe .
  3.  Pratiquer une activité qui ne vous demande pas de ruminer vos pensées. Pour moi c’est le chant et pour cette situation précise j’utilise des sons, juste pour le plaisir comme une méditation. Le chant m’accompagne depuis que je suis petite ici il s’agit de pratique pour soi pas pour préparer un concert ou autres. Vous pouvez aussi chanter ou faire de la musique en famille ou avec vos amis. Ça marche avec le jardinage, la danse et tant d’autres réjouissances qui vous correspondent…

Et vous, est-ce qu’il y a des aspects de votre vie que vous souhaitez ralentir, des choses qui vous ont fait baisser le tempo? Que faites-vous pour prendre le temps? Merci de partager vos expériences.

 

Pour aller plus loin, il y a le Slow Movement, en commençant par le Slow Food créé par Carlo Petrini dans les années 80, le World Institute of Slowness de Geir Berthelsen créé en 1999, le fameux livre de Carl Honoré publié en 2004 “L”Éloge de la lenteur”, le mouvement des Colibris de Pierre Rabhi et plein d’autres encore…

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